Au Sénégal, les marques ont compris une chose : il faut arrêter de parler comme des marques
- Abdoulaye Nguer

- il y a 22 heures
- 4 min de lecture
Au Sénégal, les marques ont compris une chose : il faut arrêter de parler comme des marques

Un opérateur qui répond à une tendance avec une punchline.
Une marque qui mélange wolof et français sans demander la permission au service juridique.
Une campagne qui ressemble davantage à une conversation WhatsApp qu'à une publicité.
Et parfois même, une marque qui chambre son concurrent.
Ce n'est pas un accident.
Au Sénégal, une partie des grandes marques est en train de comprendre quelque chose d'assez simple : pour être entendue sur les réseaux sociaux, il ne suffit plus de parler à son audience. Il faut savoir lui parler comme elle parle.
Et la nuance est énorme.
Bonne Lecture !
Le Sénégal n'est pas seulement un marché. C'est une culture conversationnelle.
Avant même de parler de marketing, il faut regarder le terrain.
Fin 2025, le Sénégal comptait environ 11,5 millions d'internautes, soit 60,6 % de la population. Les plateformes sociales représentaient environ 5,42 millions d'identités d'utilisateurs, en hausse de 8,2 % sur un an.
Mais derrière ces chiffres, il y a surtout une particularité culturelle.
Selon le RGPH-5 de l'ANSD, 97,6 % de la population âgée de 3 ans et plus utilise une langue nationale, et le wolof est la première langue utilisée par 53,5 % de cette population.
Autrement dit : le français peut être la langue officielle.
Mais la conversation quotidienne ne se passe pas uniquement en français.
Et encore moins sur Internet.
Sur les réseaux, les Sénégalais passent naturellement du français au wolof, de l'anglais à une expression locale, d'une phrase sérieuse à une vanne, d'un commentaire à un meme.
Le langage n'est pas seulement un moyen de transmettre un message. Il est devenu un code d'appartenance.
Et certaines marques commencent à le comprendre.
YAS, Wave, Orange jouent avec les mêmes codes
L'exemple des opérateurs est particulièrement intéressant parce que la concurrence est extrêmement visible.
Ils vendent des services proches.
Ils s'adressent souvent aux mêmes consommateurs.
Ils se retrouvent sur les mêmes plateformes.
Alors comment émerger ?
Pendant longtemps, la réponse était essentiellement :
plus de budget, plus de visibilité, plus de promotions.
Aujourd'hui, une autre bataille se joue :
qui maîtrise le mieux les codes culturels du moment ?
YAS a par exemple repris le phénomène « Moi au moins » avec une communication directement connectée aux usages et au langage de sa cible jeune.
Orange Money a adopté une mécanique de confrontation humoristique.
Wave a choisi une réponse davantage fondée sur l'affection et la proximité avec le public.
Trois marques.
Une même conversation.
Trois positionnements différents.
Et c'est là que ça devient intéressant pour les stratèges.
Le sujet n'est pas de copier le meme.
Le sujet est de savoir quel rôle ta marque peut jouer dans le meme.
Prenons un phénomène récent : le « Moi au moins ».
Une tendance commence à circuler.
Les internautes s'en emparent.
Puis les marques arrivent.
Wave, YAS et Orange Money ont notamment repris cette mécanique en 2026, chacun avec son propre angle. Wave a joué sur la proximité avec les Sénégalais, YAS sur ses forfaits Xewalé et Orange Money sur son bénéfice fonctionnel.
Orange Money aurait ainsi généré plus de 700 commentaires avec sa prise de parole autour de « Moi au moins ». Wave, de son côté, aurait dépassé 12 000 likes sur sa déclinaison liée à la tendance des serviettes.

Ce qui est intéressant n'est pas le nombre de likes.
C'est la mécanique.
La marque ne dit plus :
« Voici notre nouvelle offre. Elle présente les avantages suivants… »
Elle dit, en substance :
« Moi au moins… »
Et soudain, elle parle la même langue culturelle que les utilisateurs.
Ma recommandation :
Ne demande pas seulement à ton équipe :
« Quel contenu devons-nous publier cette semaine ? »
Demande plutôt :
« De quoi les gens parlent-ils cette semaine, et avons-nous une raison légitime d'entrer dans la conversation ? »
C'est une différence fondamentale.
Le wolof n'est pas un effet de style
Il serait tentant de résumer tout cela à :
« Les marques utilisent davantage le wolof. »
Ce serait passer à côté du sujet.
Le véritable changement est plus profond.
Lorsqu'une marque utilise une expression comme « Moi au moins… », un mélange wolof-français ou une tournure que l'on entend réellement dans la rue, elle ne fait pas simplement de la traduction.
Elle réduit la distance psychologique entre elle et son audience.
Compare :
« Profitez de nos nouvelles offres à des tarifs exceptionnels. »
avec :
« Xewalé na ! »
Ce n'est pas simplement une question de langue.
C'est une question de voix.
Une marque peut parfaitement parler français et être profondément sénégalaise.
Et inversement, mettre trois mots en wolof sur un visuel ne suffit absolument pas à créer une communication culturelle.
Le cultural marketing ne consiste pas à ajouter du wolof à une publicité.
Il consiste à comprendre les références, l'humour, les tensions, les habitudes, les expressions et les conversations de la population à laquelle on s'adresse.
Mais attention au piège du « faisons comme les jeunes »
C'est probablement là que beaucoup de marques vont se planter.
Elles vont voir Wave.
Elles vont voir YAS.
Elles vont voir Orange Money.
Elles vont voir les memes.
Puis elles vont demander à leur agence :
« Faites-nous quelque chose de viral et sénégalais. »
Mauvaise idée.
Parce que la culture n'est pas une direction artistique. (c'est mon avis nak!)
Tu ne peux pas ouvrir un brief avec :
« Il faut quelque chose de très sénégalais, jeune et fun. »
et penser que le problème est réglé.
La question stratégique doit plutôt être :
Quel rôle notre marque joue-t-elle réellement dans la vie de ses consommateurs ?
Une banque ne parle pas nécessairement comme une fintech.
Une marque de lait ne parle pas comme un opérateur.
Une institution publique ne devrait probablement pas essayer de faire le même humour qu'une marque de snacks.
L'authenticité vient de la cohérence entre la personnalité de la marque et la culture qu'elle emprunte.
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