Au Sénégal, on confond parfois influence et performance
- Abdoulaye Nguer

- il y a 2 heures
- 4 min de lecture
Au Sénégal, on confond parfois influence et performance

Il y a une scène qu’on voit de plus en plus au Sénégal.
Une grande marque annonce une collaboration avec un influenceur.
La vidéo sort.
500 000 vues.
800 000 vues.
1 million de vues.
Les commentaires sont remplis de 🔥😂❤️.
La campagne semble être un succès.
Mais quelques semaines plus tard, une question reste parfois sans réponse :
Combien de clients cette collaboration a-t-elle réellement générés ?
Et c’est là que le sujet devient intéressant.
Parce qu’un influenceur peut être excellent pour faire parler d’une marque…
sans être particulièrement bon pour faire acheter son produit.
Bonne Lecture !
Le problème n'est pas l'influenceur
Prenons un exemple simple.
Une marque sénégalaise veut augmenter ses ventes.
Elle choisit un créateur très populaire.
Pourquoi ?
Parce qu'il est connu.
Parce qu'il fait beaucoup de vues.
Parce que « tout le monde le connaît ».
La collaboration fonctionne.
Les gens regardent.
Les gens commentent.
La marque gagne en visibilité.
Mais les ventes ne bougent presque pas.
Est-ce que la campagne est ratée ?
Pas forcément.
Le problème etait peut-être ailleurs :
la marque voulait des ventes, mais elle a acheté de la notoriété.
C'est une confusion assez fréquente
Au Sénégal, le marketing d'influence prend de plus en plus de place.
Les grandes marques travaillent avec des créateurs dans les télécoms, la finance, l'agroalimentaire, la mode, la technologie ou encore le e-commerce.
Des acteurs spécialisés du marché recensent désormais plusieurs centaines de campagnes réalisées avec des marques comme Orange, Jumia, Visa, Ecobank, Nescafé, Yango ou TECNO.
Et ce n'est pas surprenant.
Les créateurs ont quelque chose que les marques ont beaucoup de mal à acheter directement :
l'attention.
Mais attention :
attention ≠ intention d'achat.
Le problème commence quand on choisit l'influenceur avant l'objectif
On voit parfois cette logique :
« On a un budget influence. Qui peut-on prendre ? »
Alors que la question devrait être :
« Qu'est-ce qu'on veut obtenir ? »
Est-ce que je veux :
👉🏾 faire connaître une nouvelle marque ?
👉🏾 lancer un produit ?
👉🏾 changer une perception ?
👉🏾 générer des prospects ?
👉🏾 vendre ?
👉🏾 télécharger une application ?
👉🏾 faire venir des clients en magasin ?
👉🏾 créer du contenu ?
👉🏾 toucher une communauté spécifique ?
Ce ne sont pas les mêmes objectifs.
Et donc…
ce ne sont pas forcément les mêmes influenceurs.
Regardez ce qui se passe avec les grandes marques sénégalaises
Orange Sénégal a par exemple choisi Latzo et Bamba comme ambassadeurs en juin 2026.
C'est parfaitement cohérent si l'objectif est notamment de renforcer la proximité de la marque avec les jeunes communautés digitales et de bénéficier de leur puissance de diffusion.
Mais imaginez maintenant une autre entreprise.
Une société qui vend un logiciel de gestion destiné aux directeurs financiers.
Elle décide de faire exactement la même chose :
prendre le créateur le plus populaire du moment.
Pourquoi ?
Parce qu'il fait beaucoup de vues.
La campagne peut être magnifique.
Mais combien de directeurs financiers ont acheté le logiciel ?
C'est là toute la différence entre :
être populaire
et
être pertinent.
Les vues sont devenues faciles à montrer
C'est peut-être même l'un des plus grand pièges du marketing d'influence.
Un reporting arrive :
1,8 million de vues.
45 000 likes.
3 000 commentaires.
C'est impressionnant.
Mais il manque parfois les chiffres qui intéressent vraiment le directeur commercial :
combien de prospects ?
combien de ventes ?
combien de nouveaux clients ?
à quel coût ?
Et si la campagne était destinée uniquement à la notoriété, la question devient différente :
est-ce que la marque a réellement gagné en notoriété ?
Pas simplement :
est-ce que la vidéo a fait des vues ?
Prenons deux influenceurs
Le premier
1,5 million d'abonnés.
Très connu.
Très populaire.
Il peut toucher presque tout le Sénégal.
Il fait une vidéo pour votre marque.
1 million de vues.
Le deuxième
150 000 abonnés.
Beaucoup moins connu.
Mais il s'adresse principalement à une communauté passionnée par votre secteur.
Il fait une vidéo.
100 000 vues.
Si votre objectif est la notoriété nationale :
le premier est probablement très intéressant.
Mais si vous voulez vendre un produit très précis :
le deuxième peut être beaucoup plus pertinent.
Et c'est là que le nombre d'abonnés devient trompeur.
Ce que je retiens
Le nombre d'abonnés est une donnée.
Pas une stratégie.
C'est probablement la phrase que les marques devraient garder en tête.
Parce qu'un influenceur n'est pas simplement un panneau publicitaire avec des jambes.
C'est une personne avec :
une audience,
une relation avec cette audience,
une crédibilité,
un univers,
un langage,
des habitudes de consommation de contenu.
Et la vraie question n'est donc pas :
« Combien de personnes le suivent ? »
Mais :
« Que peut-il faire changer chez ces personnes ? »
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